" Fièvre et Chant des couleurs "

     Article de JP Gavard-Perret sur Silvaine Arabo  (en fin de page: 02/05/00 )


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Bio - bibliographie ci-dessous ( après les huit poèmes )

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                             De Poésie à Peinture...

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Vitrail (Silvaine Arabo )

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8 poèmes extraits de REGARDS CORPUSCULAIRES,

  Editions de La Bartavelle, 1998

Collection Modernités

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                                                     Chant I

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Un délire d'oiseaux court au sommet des arbres. Fièvres.

Des feuilles s'envolent dans le vent de la mer. Un virevoltement d'instinct

casse toute prétention à de sobres et ternes raisons.

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Clochers pâles tordent leur architecture d'eau et de sable vers la pure

sonorité des orgues, ces cloches encordées.

..

Un histrion d'autrefois dort très haut dans la mémoire. Des averses de

colombes inondent les terrasses : ce sont vagues, vastes encolures

caressant l'horizon des soirs.

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Le poète - déjà - voit doubler ses métaphores. Les enfants de la mer. On

réinvente caps et promontoires. L'ancestrale psalmodie devient réalité.

Estuaires et prophéties débouchent sur le Vide, la grande solitude, les eaux

premières, l'Anonyme, Pan,

..

L'Universel.

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Des bras se tendent, des deltas innombrables coupés de bancs de sable

dont le grain est pure conscience. On rêve à des forêts là -bas, dans

l'immensité des toundras. On caresse en image des chapes bleues où pleut

la neige. On avance à petits pas. On sème dans le silence et la ténèbre. On

a des mots, des souffles autant dire : ce qui porte la vie et qui germera.

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On monte des chevaux immenses, aux longs naseaux d'écume, on effleure

des encolures de haute lice.

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Des fleurs d'asile couvrent l'immensité des patios. Cours intérieures

épargnent tissus mobiles et tremblants des larmes qui s'apprêtent. On ne

veut rien. On veut tout. On est l'oiseau qui passe, le cri des bateaux qui

s'apprête - son imminence dans la brume -, la console du destin sous des

rejets d'ombre, la voussure compliquée du Maître d'Oeuvre. 

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On est ce mica brûlant sous le sol des déserts,

..

On est tout. On n'est rien.

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On a marché dans les vergers, longuement : c'était l'enfance, ses vérités

plus vraies, sa cohorte de flaques et de bois neigeux.

On a marché, oublié... L'adulte : ses cohortes d'illusions, de certitudes.

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Une à une tombent les briques, sans bruit. (Elles n'avaient pas de

consistance).

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Préserver sa vulnérabilité face au monde. Désencombrer les écorces. Rire

à nouveau. Prendre des coups.

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Rire à nouveau. Ne plus prendre de coups.

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Savoir que l'on n'est rien. Que l'on est tout.

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Les hauts toits de la mer dissolvent les carcasses dures de l'appris,

étranglent les obus, jugulent toute main péremptoire.

Des isthmes se rejoignent, des ponts surgissent. Autre conscience : autres

repères dans le Sans-Repère. Du silence sous-jacent naissent tous bruits,

craquelures et autres chuintements. Ce sont les enfants d'autres

rendez-vous :

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Les enfants de la mer

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Les enfants de la mer

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LES ENFANTS DE LA MER !

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*****

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Sous - jacence

...

Tiges et nervures se dressent pour balbutier les lettres d'un alphabet

souterrain. Tiges et nervures et désir

Parce que seul le désir consent,

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même s'il répète ses rivières d'ombre.

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J'en appelle à la Stèle - autre métaphore sous les colonnes des portiques -,

à ce chemin d'artères d'où jaillit la mer, à ces voussures multiples sous la

parole.

J'en appelle aux sous-jacences qui se savent et se répercutent

J'en appelle à ce surgissement, cette turgescence dans l'air arrogant et

caillouteux.

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Les grandes coupes du sacrifice couleront comme oboles sur les marches

désaffectées des temples

Des prêtres s'agenouilleront

parmi les roses.

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Un amenuisement de paupières cerne mal les contours ennoblis des vols

d'oiseaux migrateurs

Il semble qu'il n'y ait survie dans ces déserts de givre : pics, croches,

accords, structures ouvertes où glissent des bateaux, le long des pins, vers

l'embouchure et sa drague de lacis,

là où les pêcheurs tendent leurs filets, dans l'espoir de quelque prise

indicible et bondissante.

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Quel ultime veilleur dans la nuit des hunes saluera le coq, glissant parmi

nos étraves ?

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Nous mêlons aux couleurs fondamentales notre infinie palette : corps et

coeurs y caracolent, s'y entrechoquent,

Forçats des destins, forçures d'oiseaux !

D'ambre, de miel est notre renoncement.

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Nos plaines furent oxymores, soudoiement cru de lumière, et le visage qui

rayonne aujourd'hui rappelle ces éternités d'enfances où les petits chemins

forés ne menaient nulle part, c'est -à - dire de l'Instant à l'Instant.

Un sous la croûte des désirs : un pour dire que nous aspirons, que le désir

n'est que l'espace de l'Un à l'Un, n'est que cet espace de jouissance à

Soi-Même accordé pour multiplier la jouissance.

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Forêts de givre, en flaques de lumière, m'ont converti toute absence.

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Je surseois à ma nuit comme d'autres, au milieu d'insomnies, s'inventent

l'écorce protectrice du sommeil

Je rejoins vos cohérences d'images, vos voiles sous le soleil, vos

jaillissements de graviers, vos baies ensablées.

Je rejoins tout méandre qui mène à vous par le plus court chemin :

j'absorbe tout paradoxe, toute évidence tue, tout sanglot sur les oreillers

de l'amertume.

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Car, fécondés de gouttes, projetés vers d'invincibles destins, nous

gravissons notre ruche, immobiles, pèlerins des hauts-fonds, funambules

d'autres toits, plantés d'ivresses belles et de couteaux ravageurs.

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O vertige du peu par où nos pores ont glissé, exsudant cette neige où le

Verbe enfin rejoint toute chair

la recrée Oiseau ;

où des piaillements de nuit s'esquivent le long des couloirs de la mort,

vermines harcelées de hauts fouillis, de grains mats et silencieux, de

boréalités cachées, d'invisibles tours de guets,

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Comme des ailes dans l'air abandonné du matin.

...

*****

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Déserts

....

Poudroiement au loin des déserts.

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D'invisibles élytres verbalisent toute absence. Nuits sans 

fin. Mirages . Des chalands d' impuissance font vibrer

toute colombe dans l'air blanc du matin.

Air et colombes se confondent.

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Des harangues traversent , envoûtent les caravanes 

passagères. Une oasis au loin, affleurant ses neiges, mesure 

en lames de feu tout grain éclaté, toute gestation qui se 

lèverait chant.

La conscience bouge, s'étale en grappes. Des mirages pour 

l'assoiffé, des revendications d'insectes sous la trame pâle 

des minéralités.

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Une verdeur passagère a clamé tous les possibles.

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Seul au milieu de lui le bédouin. Savoure encore, parmi

silence et épaisseur des burnous, les racines fraîches des 

strates.

Immobiles, incontournables : sables et micas. Tous grains

qui implosent vers le feu de l'étoile.

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La marche est mesure, geste juste, abandon à l'instant.

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Des dunes cognent contre des vents. On rêve d'icebergs. 

On rêve blanc. On imagine des salines à l'infini.

D'obscurs fossiles font des dessins dont la trame est

labyrinthe ou voie - peut-être - vers le salut.

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Qui peut le dire?

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On lutte ici contre la mer, la mouvance, les vagues des 

cristaux : d'imperceptibles regards, noyés sous des ciels de

lune blanche.

Signal de toute limite : la charogne. Incontournable érosion, 

geyser plutonien, boule resserrée d'angoisse.

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Des grains d'énergie signalent.

On délire doucement, comme ce serait de se noyer.

On se reflète dans des puits immenses, imaginaires. Des

lignes de force aimantent une quête sans objet.

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Comptoirs d'oiseaux pointent vers le Nord.

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Gerçures et coups de falaises ont imprimé à toute matière 

les sceaux tranchants de leurs rainures minuscules.

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Pour qui se trouve, c'est l'Anonyme, la densité du Sans-

Nom 

l'identité suprême sous la scorie des croûtes régaliennes.

..

*****

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Grand Nord

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Protubérances d'arbres germinent au milieu des tourbillons 

et des villes.

Des flaques au loin, concassées de givre, marbrent toute 

mémoire.

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Le chant se lève, libre des écorces poussives, de toute 

profondeur confondue. 

Des traîneaux courent coulent sur l'arête de temps 

invisibles, 

interminables.

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Un triangle d'oiseaux pointe vers le Sud.

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Des harcèlements de chiens hurlent dans la nuit. Une

tentative de rose décalque le givre d'aurores imaginaires.

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       Boréales nudités exterminent l'idée même du blanc.

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Solitude. Sapins dans des toundras de légende. Sapins qui 

ondulent comme la mer sous les vents ravageurs, 

cachant leur bleu dans le milieu des noirceurs anonymes, 

décharnées.

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Des igloos de sommeil ici et là consentent à ne pas laisser 

mourir toute trace, tout dessin réprimé parmi des mains 

figées.

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Lacis de brume ont glacé la croûte gelée d'une anonyme

toile.

Lacis de brume font contrepoids à des vacuités d'espace et 

de silence.

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On rêve de caravanes, d'or blanc pointant ses sables, de 

verdeurs supputées.

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Des tourments s'effilochent au gré des pas qui se 

referment, niant tout passage 

signe 

empreinte.

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Des figements de rires craquellent encore la voûte des 

cerveaux endormis. On sollicite l'image de grands geysers 

tièdes et bienfaisants, 

complices.

On se raidit dans l'Immobile, statues de sel pétrifiées avant 

même d'avoir contemplé.

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D'immenses routes glaciaires ont changé le cours des 

destins.

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Dans la neige pleuvent les fourrures, mimant toute mort.

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Une lyre subtile fait vibrer l'air du Septentrion.

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A qui ne se perd est consenti le Chemin..

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*****

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L'Oiseau

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Il déploie les grandes ailes de la Béatitude. Espace est son

parcours. A la fois Mercure, Sîmorg, oiseau ka. Navette 

entre les couches d'une stratosphère nommée Conscience.

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Allégorie de plumes. Ebouriffement. Point géométrique des 

grands circuits de l'air. Des voies maritimes de l'air.

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Perché sur l'arbre des morts, il contemple : témoin et 

distance.

S'il s'envole c'est pour rejoindre un jour le soleil. Satellite.

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Parcourt d'infinies distances dont le centre est immobilité. 

Sait utiliser les vents. A la nage sur les courants. Sait 

mesurer l'infime et la brindille.

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Ne connaît ni le froid ni la faim. Circule, invisible, au milieu 

des conversations oiseuses et des grandes marées qui font 

l'amour à la lune.

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Il a le col vert - ou bleu - l'irisation de ce qui mute, de ce qui mue, de ce

qui se meut.

Il est Mouvement, cadran solaire d'un autre espace, d'un 

autre temps.

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Il est le jumeau des vents antagonistes qui parcourent la 

terre : redoutable est son bec.

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Se mire dans l'eau des Signes, toujours. Augure est son 

vol. Pour qui sait pré-voir.

Densité. Légèreté.

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Une seule plume sur la balance de Maât a inversé tous les 

destins. Justice et tragédie. Subtil gardien du seuil.

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Il clame à tous vents la Victoire de la Mère, arborant la 

Roue, l'éternel va-et-vient de ce qui revient puis repart

et puis revient.

Oiseau d'Héra.

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Et Coq, parfois, donnant l'alerte et sauvant la Ville.

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Ce qui n'est pas palpable : ce duvet du peu qui s'incarne.

Du Rien. Du tout.

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Je t'ai entendu le soir, sur les terrasses blanches, quand la 

mer renvoie tous ses Magnificats

Je t'ai reconnu au bas des vignes et sur ma fenêtre, dans le 

minuit de l'autrefois,

quand l'être en allé revient 

pour dire tout son amour

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Qu'il était troublant ton Chant !

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Seul ici, sel de la terre, métaphore de l'enfance. D'une 

Conscience autre .

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Visités de ta Grâce : les enfants, les poètes et les fous. 

Ceux qui lâchent prise et s'en vont glanant les mots 

vivants du génial Dramaturge.

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Harmonisation des chants. Suggestions d'ailes. Effleurant à 

peine. Si fortes cependant !

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Tu nettoies les déserts, tu es ce chant du vent dans les 

branches, ce peu qui murmure autour des volières du 

Coeur . Rouge bigarré pour y faire croire.

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Tu es Souffle, grandes ailes du Chéroubim veillant sur les

Hespérides : épée tournoyante. Qui fait siffler les vents.

Transformant en feu la subtilité de l'air qui t'anime,

résorbant toute apparence des contraires.

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Et quand tu descends, quand tu meurs - O douleur - dans

l'agonie mélancolique de l'analogie, c'est pour mieux 

renaître :

sublime cendre 

centre du Feu et de l'Air,

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Ether !

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Impensable Ether - oiseau - parmi tous les phoenix du 

renaître, avant l'ultime de la Vraie Vie.

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*****

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Le Mage

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Louvoyeur des hauts-fonds et des empires encastrés, il bat 

les cartes pour de nouvelles mises en scène : des lavis 

superbes, des fresques sur les murs des temples.

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Il psalmodie sans savoir, en toute intime Connaissance. Il 

évide l'intérieur de la pierre pour en faire un calice.

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Il a mille doigts, dix oreilles, quatre pieds : il est l'hybride 

sacré adossé aux murs du Palais près duquel il mendie :

..

veilleur de guet dans la nuit 

héraut d'armes.

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Il a le secret du chapeau et de ses colombes : du tracé de sa 

plume, du modelage de ses doigts, elles prennent forme et 

consistance. Il est le dispensateur de la substance.

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Il court le long des veines du temps, hermaphrodite, 

hémophile. On le rencontre sur le bord des fleuves, au 

centre des forêts, au bout des déserts, dans les replis de la 

neige, sur la crête des vagues.

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Il est le décupleur des énergies, l'hématie bleue parmi 

de rouges nénuphars. Il s'échappe du labyrinthe par le haut. 

La verticale est son lieu. Il pourchasse la Présence.

Cavalier du verbe, de la pierre, de la nuance - c'est selon -,

il irrigue les chants de l'histoire, les rend à leur vocation 

d'archétypes. Il est le Scribe : celui qui trace les lettres

pour en faire des oiseaux.

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Il est l'illuminé, le fou, le sage, la carte de Tarot avec

laquelle on ne transige pas. Il est sphère, bâton, deniers, le 

premier, l'ultime voyageur, l'inspirateur des cycles, le 

moteur des univers.

S'il arrive que sa voi(e)x se brise, des temples s'écroulent, 

des hommes abandonnent le sens et s'entretuent.

Il sait qu'il a su, qu'il saura. Il fait confiance.

Il démêle les fils de la Trame, écrit le poème du monde, 

surseoit à toute mort , implore tout pardon pour les vivants, 

sacre le printemps et sa chaîne d'ozones.

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Il passe, inaperçu dans le milieu des villes meurtrières. Il 

est sans âge, sans lieu. Il est le fil qui lie tous les destins, 

l'Ariane providentielle.

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S'il arrive que l'on décrète sa mort, de silencieuses

malédictions s'abattent sur le monde , le cours des choses 

bifurque : de minuscules lunules, des croûtes, des plaies, 

des pestilences , des taches sur le soleil : l'heure des

lamentations.

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Alors le Grand Esprit convoque un autre mage 

tel qu'en Soi-Même identique

.

qui de nouveau se poste aux embouchures 

cassant l'enlisement des bancs de sable

draguant les eaux putréfiées des marais

frayant la route aux estuaires et aux deltas :

A tout ce qui se jette dans la mer

.

la mer

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La Mer !

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*****.

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Ozone

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Une rose a bouclé tous les déserts.

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Des luminescences s'inclinent parmi les dos velus des démons : des

touffes d'ombre. Un sort jeté d'essences transperce les vieux guerriers.

Des piqûres d'abeilles craquellent les voûtes des cerveaux endormis,

minuscules fêlures dans la trame trop rationnelle de l'appris.

L'enfant joue au trapèze avec les arbres : les canaux de ses veines font des

dessins sur le sable, dansent une danse inconnue, sabrant miroirs et

parallélismes.

De vagues cerceaux se rappellent aux mémoires. Ils saluent la sphère

parfaite des cristaux moussus sous un soleil étranger.

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Très loin, des remugles qui sentent le sauvage ont des remuements de

menthe, des aboiements au loin de chiens, des rivières de papyrus.

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Poussières de pollens vibrent dans l'air nu ; on attend des libellules de

vagues contre-plongées et que la minéralité respire pour dire sous la lune

ce long plain-chant du désir.

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Nostalgie de l'Unité Première, désir !

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Des canaux très loin se perdent dans la Voie Lactée, autre monde

minuscule pour d'étonnantes consciences, des replis de marsouins, des

plis soyeux d'icebergs, des mouches vibrantes, pleines d'yeux, des

compassions qui s'écoulent...

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C'est alors que parmi tes branchages, dans tes cahutes d'ombre, tu t'es

dressé, Inconnu Immense, foudroyant les étapes lentes du devenir,

maltraitant les gares, aiguillonnant tous les trains de nuit qui vont sifflant,

serpents, dans l'antique déraison de la raison des hommes.

.

Nous étions brumes de nuit.

Nous étions biches foudroyées bramant dans l'espace

Fourvoyées 

Nous étions ces cavaliers du ciel - démons et merveilles -, ces irruptions

d'images dans la nuit sans fin du souvenir

Nous étions toute parole bue, absorbée par les sables cuisants des déserts :

leurs rivages, leurs plis de bêtes calcinées, leurs grelottements nocturnes

sous des astres morts.

.

.

Nous étions la fêlure, l'antique douleur sous des clignements d'iris et de

chants raréfiés.

.

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L'oxygène nous a manqué et cet ozone bienfaisant dont s'abreuve toute

jeunesse.

.

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Nous étions vieux, courbés, malades ; nous étions la poussière des villes,

le tohu-bohu immonde des lèpres qui courent invisibles sous la peau des

mains.

Nous étions ce visage qui se cache, ce drap qui se plisse, parmi les

verdeurs amères des citronniers et les tornades affichées,

.

.

O clairons des exils !

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Des hamacs d'enfants se suspendent aux branches, des tourterelles

annonciatrices, des devins aux longs doigts de lin et de fibres étirées : des

antennes, dans cette antique nuit des gares, des stations de lumière

pointant vers l'Etoile, le centre immobile et bleu d'où tout jaillit et

rebondit.

.

Tout est imminent, parmi les glaives et les batailles, jusqu'à ce chant

ébouriffé que reprennent d'infimes oiseaux - corpusculaires - parmi les

arpèges tranquilles de l'Instant.

.

*****

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Chant final

..

Ils se sont précipités dans la mer avec de grands cris d'oiseaux et des

paraboles de silences

.

Ils ont muselé les silex, parsemé d'ivresses les restes de mémoire pauvre,

fendu la mer de leurs nageoires inespérées.

.

Ils ont fait l'inventaire des hivers, des déserts, des dépôts de sel dans les

grands marais. Ils ont ouvert les roseaux, dispersé les miasmes, camouflé

l'érosion des enfants dans leurs capes de forêts

.

O minéralité des sucs !

.

Ils se sont éveillés de sommeils si lourds, si épais, étonnés d'avoir revêtu

tant d'armures, tant de sangs étrangers, tant de beautés sombres sous la

lune.

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Ils ont fendu la mer et la mer s'est ouverte, vibrante cosse, camomille

amère, Circé des déserts.

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Ils ont ouvert des chemins dont la trame leur échappait et des toits de

lumière s'ouvraient, des toits de neige très haut, des architectures dans la

montagne

.

Ils ont levé le glaive une dernière fois, et les sillages de l'air en étaient tout

vibrants

.

Ils ont mené des marées d'hommes vers la conquête du soleil et leurs ailes

au loin faisaient comme des mouchoirs

faisaient pleurer sur les berges les riverains immobiles.

.

Ils ont assaisonné l'air marin de leurs cris barbares et mystiques,

désenvoûté les mannequins sombres, les griseries mécaniques : ils étaient

la cohorte, la colonne de lumière qui descend sur la terre, le soupçon des

âges, ce subtil envers du décor

.

que parcourent encore les mères, les orages, les crachats rouges des

volcans.

.

Ils étaient descendus très bas, dans des demeures de créatures sulfureuses

- o soufre douceâtre des glus -, dans des abîmes où le bourdonnement des

abeilles est étranger, parmi les membres dispersés et la torsion des

remords.

.

Ils avaient foré des puits, dans des profondeurs de nuit et parmi les

volubilis pâles du souvenir

.

Ils ont fendu la mer, conçu l'inconcevable, assimilé des chants d'artères

au bourdonnement bleu des grappes, le soir, dans des granges

désaffectées.

.

Ils ont essaimé, partout où des latences indécises bloquaient le givre des

saisons, partout où les couteaux brandis faisaient se lever le spectre des

révélations massacrées, partout où des glissements de terrains balançaient

la froide aura des théâtres antiques, menaçants, sous la croûte des

terrestres retours

.

Ils ont salué l'étrange, l'impalpable, le pulpeux, intronisé des galeries sans

fin, à ciel ouvert,

où des gains d'âmes et de corps se levaient, pétrifiés du réveil.

.

Ils ont inventé des musiques pour la pierre, pour l'eau, pour le feu.

.

Ils ont colonisé les derniers vestiges de la mort, des ruches blanches pour

compagnes.

.

Ils ont inventé des verbes inconnus, des bords de mer où des piquants de

crête s'abandonnaient

.

Ils ont soulevé la houppelande des grelots et des ombres, violenté cette

épaisseur des flaques où le sang caille, faute de mieux.

.

Ils ont chanté dans les hématies, bouleversé l'ordre des calendriers,

remodelé les jardins, croulé sous les avalanches, rayé comme un diamant

l'amertume des fruits.

.

Ils ont parcouru des distances annulées, souri à de vieux trémolos

d'orgueil, agonisants, harcelé d'âpres ruines.

.

Ils étaient sans âge, sans costume, sans voix : ils marchaient le long de la

dune au milieu du silence de la mer

.

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et du roulis formidable de ses antiques marées.

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Extraits de REGARDS CORPUSCULAIRES , La Bartavelle-Editeur, 1998998

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 Bio-bibliographie de Silvaine Arabo  

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Publications et expositions sous le nom de Silvaine Arabo

Naissance  : Saint-Jean d'Angély (Charente-Maritime,France)

Profession : professeur de Lettres

....

Ouvrages édités

°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°

-  "Des Crépuscules et des Colombes" 1967 (J.F.P.F.)

-  " Paris et Londres à travers les oeuvres de trois auteurs "décadents" :

    Baudelaire,J.K.Huysmans et Oscar Wilde " , essai :1969.

-  "Promontoires" 1974 ( Edit.CHAMBELLAND)

-  "Temporalité des Miroirs" I (1991: PONT SOUS L'EAU/ CHAMBELLAND)

-  "Temporalité des Miroirs" II (1991, Edit.CHAMBELLAND)

-  "Spicules et Masques d'Ambroisie" 1993 ( CHAMBELLAND).Illustration

     originale et inédite de Gustave Singier ( reproduite pour les 30 exemplaires de tête,

     sur plaques de cuivre et à titre exclusif , lors de la présente édition ).

-  "Temps Réfléchi(s)" 1993 ( CLUB DES POETES ).Illustrations de cl.Allix-

     Berbottino .3 recueils : "Silences", " Aphorismes", " D'ici et d'Ailleurs "

-  "Les Adombrés" 1994 ( CHAMBELLAND ). Exemplaires de tête illustrés

     par Silvaine Arabo : 2 recueils: "Cycle du Baptiste " et " La Magdaléenne"

-  "Arrêts sur Image " 1995 ( Club des poètes ).Illustrations de Silv. Arabo.

     2 recueils : " Le Signe et la Trace " et " Rémanences ogivales "

-   Essai:" Poésie et Transcendance " 1995 ( Club des poètes ), réédité .

-  " Alchimie du désir ", 1997 ( La Bartavelle éditeur ),illustration S.Arabo

-  " Le Chagrin de Bérénice ", 1997 ( Edit du G.R.I.L., Belgique ).

 - " Prière Muette " ( Club des Poètes, 1998 )

-  " Regards Corpusculaires " ( La Bartavelle Editeur, 1998 ),illustr.S.Arabo

-  " Sang d'âme " (Edit. "Petit Cahier Poétique " N° 24 de la revue Euro-

    poésie, 1998 : 15 poèmes en prose )

-  " Les cris d'un si long silence " ( Les Dits du Pont ,Avignon 1998 )

-  " Le Fil et La Trame " , réflexions et aphorismes ( Clapas,1999 )

"" Sang d'âme ", édition intégrale : 37 poèmes en prose

   ( Edit. Editinter,1999 ).

  Publications en Anthologies :

 °°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°

-" Mille Poètes Mille Poèmes " ( L'Arbre à Paroles , Belgique ).

- " Soif de Mots " ( Edit. du Brontosaure , tomes 1 et 2 )

- " Ombres " ( Expression Culturelle Editeur, Décembre 1998 )

- " Lendemains " ( Expression Culturelle Editeur , Décembre 1999)

- " L'Anthologie des deux siècles " ( Ed. Les Dossiers d'Aquitaine , 1999 )

- " Devant le monde, le poète " ( Editions Alzieu , Mars 2000 )

-  Publication prochaine dans une anthologie féminine internationale

   francophone ainsi que dans trois autres anthologies.

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A préfacé un certain nombre d'ouvrages

°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°

....

Publications en revues

°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°.

- Publications dans les revues françaises suivantes :

LES SAISONS DU POEME, VIVRE EN POESIE, FROISSART,TRACES ,

ARPA, FRICHES, EUROPOESIE, RESU, POESIE TERRESTRE , JALONS,

POESIE PREMIERE, L'ARME DE L'ECRITURE ,GLYPHES, JOINTURE,

PHRÉATIQUE, ETC...

- Publications dans des revues étrangères :

BELGIQUE : L'ARBRE A PAROLES, INEDIT NOUVEAU.

INDE : PPHOO ( revue trilingue de Pradip Choudhury )

- Poèmes publiés dans la Collection Trilobe de Claude Petey

( Les Herbiers d'Images )

..

Participation à des émissions radiophoniques:

°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°

Participation à des émissions radiophoniques sur la poésie ( avec S.Wellens,

et sur France -Culture ).

.

S.A. a animé des ateliers d'écriture

°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°

.;........

Publications sur l'Internet

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Silvaine Arabo a créé en Mai 97 le présent site :

" Poésie d'Hier et d'Aujourd'hui "

http://www.multimania.com/mirra/

et:

http://perso.wanadoo.fr/mirra/

- Ce site a fait l'objet d'une étude dans le cadre d'une thèse de Doctorat de l'Ecole Pratique

des Hautes Etudes (Université de la Sorbonne, Paris) , thèse soutenue par Madame Marie

Lebert qui a également interrogé Silvaine Arabo et rapporté ses propos dans son travail

universitaire.

Version actualisée et adaptée pour le Web de la thèse de Marie Lebert ( " De l'imprimé à

l'Internet "  ) à l'adresse suivante :

http://www.bol.ocd.fr/mlebert/printfr00.htm#home

....

- Ce site a également fait l'objet d'articles dans différents journaux ,

dont " La Quinzaine Littéraire "," Sud-Ouest ", " Lire ", etc......et

a été sélectionné par Interneto ( " Le meilleur du Net "ainsi que par le

journal L'Officiel du Net de mai 1999, qui lui a attribué quatre

étoiles.

..

- Il a été répertorié par la Bibliothèque Nationale de France ( site, voir les signets )..

...,

Poèmes publiés par ailleurs sur les sites suivants :

- Anthologie poétique d'Yves Brillon (Québec)

- Club des Poètes (France )

- Ecrits...vains ? (France )

- Espace Poétique (Québec)

- Site de poésie et peinture de François Chavanne (France)

- Le jardin de Valiane (France)

- Vers l'écho parfumé du rêve (Québec)

- Les Boréalités (Québec)

 - Paroles d'écrivains (Québec)

- Muse ,interview (France )

etc...

.

Quelques avis sur la poésie de S.A.

°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°. .....

Jean Rousselot , poète de l'Ecole de Rochefort,évoque la

poésie de Silvaine Arabo " ...dont le Souffle,écrit-il,transcende

les mots,les idées et les choses d'ici "(Jean Rousselot ,1995 , à

propos de "Arrêts sur Image" ) .

....°°°°°

" Silvaine Arabo nous ouvre les portes d'un autre niveau de réalité :

l'interface entre le langage et le silence, le plein et le vide, l'univers

sensible des formes et le sans- forme qui les génère... Ses émotions

font feu de tout bois dans des images inspirées de l'enfance ( Ses

vérités plus vraies, sa cohorte de flaques et de bois neigeux " ) ,

voire des hauteurs et des abysses de Maldoror avec " la nuit des hunes "

et les " pèlerins des hauts-fonds  ".

Michel Camus , préface à " Regards Corpusculaires "

..

°°°°°

..

Silvaine Arabo est assurément l'une des plus belles et hautes voix de

la poésie actuelle. "

Jean - Pierre Rosnay ,créateur du Club des Poètes à Paris  : préface au

recueil "Temps Réfléchi(s)" .

..

°°°°°

On pense à du Saint-John Perse révisé par Jean Grosjean....Rares sont les

poètes contemporains qui font preuve d'un souffle aussi porteur que celui

de Silvaine Arabo ."

Jean -Marcel Lefebvre, revue " Résurrection " .

.

...

En projet

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- Deux recueils de poèmes aux Editions de La Bartavelle

....

Peinture et dessin

°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°

Silvaine Arabo a exposé :

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- A PARIS

    / Club des Poètes ( 1993 )

    / Chez Guy Chambelland ( 1994 )

    / Galerie ( Marais  ), Février 2000

    / Galerie ( Marais ), prévue pour septembre 2000

- En CHINE ( PEKIN )

  Expo internationale : du 11 au 15 Août 2000

- A TALMONT :1994 et 1995

- A COGNAC,( 1994 , Espace du Prieuré )

- A SAINT-JEAN-D'ANGELY ( 1995, Abbaye Royale)

- A SAINTES , SMAM 1995

- A ROYAN: Palais des Congrès ( lauréate du salon d'Automne 1995,

  huile sur toile ).

- A BLOIS ( CHOUZY / CISSE ) : expo collective européenne, du 05 au 18 /08 /2000

....

Divers

°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°

- Illustration ( 10 toiles + couverture ) d'un ouvrage poétique :" Lumières ",

réalisé on - line et sur papier ,en Juillet 2000 , par les Editions 00h00.com

en partenariat avec le site Ecrits...Vains ?

- Illustrations d'ouvrages poétiques ( Antoine Ristori,J.Canut,

  le poète péruvien Porfirio Macedo pour Editinter, etc...)

- Dessin au fusain et à la plume.

- Dessin ordinateur

- Enluminures

- Collages

.

.

S.Arabo est membre du CIRET

°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°

Centre International de Recherches et d'Etudes Transdisciplinaires , organis-

me qui regroupe savants et hommes de Lettres partageant un certain nombre

d'options fondamentales; le président en est Basarab Nicolescu, physicien des

Particules Elémentaires, écrivain et Directeur de Recherches au CNRS.

.

.....

          pagedeSilvaine.html

.

          pagedeSilvaine.html.

    ..

..

..               

Quelques autres poèmes...

..

..



....

Des abeilles qui font leur miel.J'entends le bourdonnement blanc - à d'autres

imperceptible -  de toutes ces séquences et de leurs alternances : rumeurs sub-

tiles,si réelles,avec leurs crevasses,leurs gerçures,la finesse de leurs tracés.

.

Le monde n'est qu'une immense ruche où s'opèrent les mystérieux transferts

que veille, inlassable,infiniment plus haut que sa cathédrale,

.

   L'Ange du Sourire.

.

Les apparences sont écorces qu'il faut briser,test fondamental,lions imaginai-

res.

Il y faut ce courage de l'affrontement : alors s'effritent les façades,comme un

gâteau que l'on émiette.

.

Et Tu m'es révélé par-delà toute douleur,

ou à cause d'elle.

.

   Alors je sais combien je t'aime

.

   Et tu me re-connais.

...


.


...

Attends la préférence et ces canaux bleus des Venise désertées: j'aime aussi

l'hiver.Le sol résonne mieux sous les pas.Il y a dans la liquidité du gel quel-

que chose qui me fait ressouvenir de toi,derrière tes fureurs,feintes ou non.

Les mots ont remplacé les mouchoirs de batiste et c'est tellement plus fin,

ces vibrations qui courent d'un bout à l'autre de nos territoires.

.

On pourrait donner à cela bien des noms.Mais ce serait enfermement .Et je

m'y refuse.

.

Revenons à Venise,à ses palais d'or qui s enfoncent dans la lagune,à cette

irréversibilité du temps qui passe : vers quels destins d or et de boue ?

.

   Peut-être est-ce la responsabilité du Rêveur ?

.


.


.

Ils ont en eux cette immobilité de la pierre

Des étoiles pour lignes de force

L'aimantation jubilatoire.

Ils ont en eux ce sel,ce peu de dépôt blanc

Des larmes qui ont séché.

.

Ils n'ont ni passé ni futur.

.

Ils mettent un pied devant l'autre

Ils ont fait de l'Instant

L'architecture suprême

.

Ils ont rejoint leur enfance.

.

Ils sont nus ils n'ont rien à dire

Si ce n'est le vent

Qui souffle

.

Là-bas sur les déserts

.

Ils jouent à recommencer

Ils se tiennent debout dans les arbres:

Ils savent

.

Le poids du mot et sa dérision.
.

..




 Où silences et poésie se rejoignent...

.



...

La femme sur le banc

L'oiseau perché

Tous deux rêvent

De cette argile sculptée

Dont ils eussent été

Les personnages magnifiés...

.

°°°°°

.

Galbe de femme.

Le miroir de l'Art

Réfléchit une argile rose:

La terre cuite de ses rêves improbables.

.

 °°°°°

.

L'aube.Etanchéité rayonnante des yeux

Facéties d'oiseaux

Double révolver au sexe accoutumé

Des saisons.

  °°°°°

.

Fuligineuse blessure

Où les fourmilières du sang

Grouillent

Du désir mal consumé.

.

     °°°°°

Pas à pas

Les mercenaires complotent

Une géographie

Où les cartes

N'ont plus aucun sens.

    °°°°°

.

Tu es la Beauté

La beauté fatale

L'oeil du destin

Sous le pourrissoir de la mort.

.

      °°°°°

.

Tous les yeux sont éteints

Et le champ bleu du désir

Le chant pâle

Des coquelicots d'autrefois

.

 °°°°°

.

Face aux armes de la Mer

Des dégringolades d'oiseaux,

très blancs dans l'air du matin.

..

°°°°°

.

Le baiser de l'amant:

Là où la veine fuse

Gît

Menue.

.

°°°°°

.

Il y a toujours

-Quelque part entre les sourcils-

Ce paraître éternel du Clown Céleste.

.

  °°°°°

.

L'eau et ses nappes de brume

-des flaques dans l'air fuligineux-

Un soleil

Darde les vieux arbres :

Silence de la forêt.

.

                                                       °°°°°

..

 Méditation ( Silvaine Arabo)..

.....


pagedeSilvaine.html...

                        ..
Aphorismes

..

...

         pagedeSilvaine


...

Le but de l'art n'est pas d'exprimer un égo ni de faire de "l'esthétique": il est

de communiquer à autrui des états d'Etre  qu'il re-connaît comme siens, les

ayant déjà perçus, ici ou là, de manière fugace, fragile.

.

   Des états d'Etre, non des états d'âme .

.

Telle est la valeur universelle,métaphysique, de l'art : ainsi conçu, il démontre

qu'il est capable de re-créer entre les hommes le lien perdu,car ils découvrent,

par-delà les apparences - c'est-à-dire par-delà les conditionnements socio-cultu-

rels auxquels ils sont identifiés - leur parfaite Unité.

.

   L'Humanité est Une .

.

L'art "métaphysique": justesse, donc beauté.Aptitude à relier les hommes entre

eux, en leur faisant réaliser leur Identité .

.

Ma famille véritable est celle avec laquelle je partage les grandes valeurs univer-

selles : quels que soient la race,le sexe,la religion (ou la non-religion) ,la natio-

nalité, l'appartenance sociale.

.

   La première de ces valeurs : le respect de la Vie (sous toutes ses formes).

.

   Dignité de l'homme et dignité de l'animal.( "Anima(l)"= âme ).

.

De la nécessité de penser juste et positif puisque nous créons continuellement

le monde par nos pensées et nos projections.

.

   La conscience humaine est une : substance indivisible.Trame unique.Tissu

    vibrant.

.

   Changeons: le monde changera.

.

   On peut parler en ce sens de la responsabilité de chaque individu..

.

   La dérive du mot est aussi dérive du Sens. Par " sens " j'entends ici rapport au

   monde.

.

De l'incapacité de l'homme à s'établir dans la mesure,c'est-à-dire dans l'harmonie:

sans cesse évoluant d'un extrême à l'autre,il construit son histoire sur un retour de

balance perpétuel et fou.

.

    Apprendre à réellement tirer les leçons de l'Histoire : derrière les apparences for-

melles, dépister l'identique.

.

La seule chance de ce monde chaotique: prêter l'oreille à ceux qui donnent du sens :

un sens dont l'architecture sera toujours fondée sur le respect de la Vie.

.

.


       pagedeSilvaine

               
Encore des Poèmes...

.

..

       pagedeSilvaine


.....

Le Signe et la Trace : chant III

°°°°°°°°°°°°°°°°°

...

Passée la porte des images le barrage céruléen

Le promontoire-passage où s'épuise l'appel

L'aube fragmentée et ses parcelles d'oiseaux.

Feux du regard : l'ouÏe se fait attentive

- Sens total d'une ride de mouvement -

Qui donc ouvrit l'aura des siècles

Qui donc ?

Et ce loyal équilibre des contraires

Au Centre agenouillé du Poème ?

.

Des turbans d'enfance tremblaient sur les terrasses

Imprimant à la minceur des poignets

Tels soupirs de la Transe

Que le sang éclatait les artères

Et surchauffait le sol du temps

Du poids léger de son sel.

Les matins ont passé l'arme des jours

Et l'échine courbée des fenêtres

Voici que les mouettes désertent la Mer

.

Chassant les perroquets obscurs

Des griseries mécaniques

Et les miasmes aigus de la stérilité.

A présent

Parmi l'éphémère nombreux des glaciers

S'épuisent

Les lenteurs baroudeuses des horloges :

Multiplicité des châles balayeurs

Assistances fondamentales.

.


Traces de parking sur mainte rayure d'oiseau !

Sous la transparence grenue des peaux

Passe l'Ange,insoupçonné,

Façonnant les abstractions rédhibitoires

Les injectant poussière mégalithe incandescences

" L'Homme est grand : voici l'Homme ! "

Et voici le renoncement des subterfuges

Dans ce jardin sans clés

Ni peut-être serrure...

.

O souffrance de l'invisibilité

Grands mâts dératés

Des promesses de mots

Dans la pénombre des Yeux suggérés !

Vaine est l'attente : construire seulement

Parmi les branches inattentives

Et la potentialité savoureuse du fruit

C'est demain

Que porte l'Ange !

.

Une main certes habite

L'incertitude des décodages subreptices.

Que l'Image donc inventorie

Les espaces promis de l'Interstice :

Il n'y faut que la pugnacité du Désir !

.

Les mots-clés seront redonnés

Toute attente est tromperie d'orgasme

L'aura châtie le fallacieux,

Par-delà la sanction multiple des illusions...

.

Se hisser sur les parapets du Combat

Parmi la blancheur sacramentelle

Des guerriers dressés !

Qu'importe la redite

Si la redite est engendrement ?

L'âme a bu la substance des mots

Et le front ténu de l'Alchimiste

Interroge l'espace du vide,

où s'imprima la loi des horloges.

.

Nos dalles usées conduisent

Au seul pèlerinage que préfigure

L'Instant,

Fantaisie des oiseaux !

Fantasmagories des mémoires !

Surabondance où s'étonne l'objet

D'Etre

Et d'Etre encore

Sous le bitume incessant !

.

Arrache au baiser son secret de Prince

Fais tourner les roulottes !

Tel est le Miracle sur les Chemins parsemé :

L'inversion des fiels en nectars souverains

Bribes d'essaims fascination des Silences...

Redites encore la faconde apostrophe

Des oraisons déployées,

là sans doute se joue

L'agate bleue des recommencements...

.

Inversions d'épines sous les jougs massacrés

Antique ressaisi de l'extase

Adoubement lointain des pluies grises

Et des verdeurs amères des gazons :

Ici est un Autre

Maintenant un mimosa gelé

- Sous sa croûte parodique -

Derrière le Toujours

Impose théâtre d'ombres

.

Et marionnettes inconsistantes du mensonge !

Redis-moi ma chair

Et son instance d'éclairs,

Charge la cartouche du Désir

Usine l'Aspiration du coeur

Investis tes doigts immenses,

Ajourne la présence minée des cerveaux !

Dans le dedans du crâne fermentent

Les germinations blanches de l'Avenir...

.

Joins tes auras !

Qu'elles remédient aux bornes des neurones

Aux assises des matières grises inertes,

Reprogramme les mots

Etreins-les dans l'Intervalle

Avive la tension des possibles !

La pierre qui jaillit dans ta gorge

Elance le bas vers le haut des armures.

Postule l'Indicible remercie la gageure

.

Fronce les nappes de l'inamovible

Souffle les chandelles du peu

Du doute de l'abstinence

Désir Désir

Seul lieu d'Etre

Où s'architecture un oiseau !

.

.                     " Le Signe et La Trace" (in " Arrêts sur Image " )

                                        Editions Club des Poètes,1995

.

.

Chants de la Magdaléenne : chant X

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..

[Image]

Christ Jaune ( Silvaine Arabo )

..

Le sang fige les Artères de l'Esprit.

Derrière son baiser de mort

Judas le lépreux a marchandé,

Pour un parfum de trop.

( L'argent et le mensonge

N'aiment ni les femmes ni les parfums ).

J'ai perdu mon ciel

Et j'ai perdu ma terre

Au pied de la Croix

Ne demeurent que les remords,

Le face à face avec soi-même.

Seul l'espoir de la Grande Cité

Fait grésiller sur toutes les branches

La blancheur pâle des oiseaux de Galilée.

Depuis,je ne suis que les traces :

Traces de pas traces d'oiseaux

Traces de sang...

Seules les traces disent l'Essentiel

Ne laissant que l'empreinte légère

Et la suggestion intense de son Sel.

J'ai ainsi passé ma vie - mes vies -

A épier les signes

A épuiser avec lenteur l'étonnante réalité de mes songes.

C'est ainsi que moi,Magdeleine,dans la brisure du vitrail,

Etonnamment j'accentuai mes couleurs,

Un peu comme si l'Alchimiste en moi

Infiniment débordait l'Amante.

Mon histoire,je la savais achevée

Quoiqu'éternelle éternellement polie.

Aujourd'hui

C'est pour l'absolu bonheur de chanter

Que je chante,

Un instant libérée

Des contingences de l'espace et du temps,

Absorbée dans le vol déraisonnable de l'oiseau

Happée par sa pure Raison d'Etre.

Solitaire,j'en connais les détours infinis

Les sacs et les ressacs de la ligne pure.

Qui dit mémoire,hors du Temps ?

O cascades de mon Etre

Par où défilaient les images,

Et elles partaient mourir très loin

Affaissées contre la Mer(e)

Annihilées par Elle,

Qui leur conférait aussi pouvoir et densité.

Chacune était ce kaléidoscope où je m'abîmais,

Témoins ces larmes

Et le sel défait de l'Amant

Sous les manèges blancs du Temps.

De cette peine immense

Je distillais,moi,les gouttes de lumière

Afin de ne pas trahir.

J'étais la couveuse attentive

Des signes des sons et des couleurs,

Dans la préciosité bleue des jardins

Et l'humus architecturé

Du Souvenir.

L'Etre Est le Sens : évidence banale

Et transfiguratrice !

Déjà

Le geste immémorial,trouant la Grâce,

M'avait conduite aux portes de la mort :

Fatalité avait nom mon erreur

Hypnotisme ma peur.

Difficile de dénouer les liens mortels

Du chagrin et de la lassitude !

Qu'importait à présent les Saintes-Maries

La lunule brune de Sarah

Mon frère ressuscité ?

Souvenirs obscurs et lointains

J'étais - je m'en souviens -

Venue mourir contre la Mer.

C'est contre Elle encore que je meurs,

Agrippée à son flanc violent et déchiré :

Celle qui lave et qui dérobe l'Amant

Pour laisser s'échouer à nouveau le Souvenir,

Un jour quelconque

Un jour blanc de Pâques ou d'ailleurs,

Celle qui vous abandonne

Quand sonne le glas de l'innocence

Et de l'amnésie bienheureuses.

J'avais un Amant et mon Amant

Avait un corps,un corps aveuglant :

Celui que désespérément je cherche

Dans la ténèbre muette de mon Inachevé.

Pourquoi me désigna-t-il ?

Pourquoi ainsi m'aima-t-il ?

Au plus profond de moi

Dans les demeures souterraines du Coeur

J'ai refoulé mon Amant,

Afin de ne plus pleurer.

Or il est revenu me chercher

Impalpable et silencieux

Avec son glaive comme toujours

Et la Sainte Colère de Sa Lumière !

Et j'ai dit " non" une fois encore

Et lui s'est avancé un peu plus

Avec son rire sonore,

Les doigts bleutés de sa grâce

Son allure de Gréco

Et son visage jamais peint

Et sa démarche d'oiseau qui va s'envoler.

Et j'ai hurlé

Le croyant re-connaître

A chaque détour du labyrinthe.

M'aiman(tant) Il s'évanouissait,

Ne me laissant alors de sa trace

Que quelques spicules bleues,

Afin qu'avec Lui,ne doutant plus,

Je m'enfonce plus loin,plus haut,

Là où Son Secret inexorablement me conduit.

J'entends parfois Sa Musique

C'est aussi la mienne.

Moments ineffables

Que ne renie pas le Temps crucifié !

Le Verbe porte une chair magnanime,

Il m'envoie ces mots que je distords

Dans l'imperfection du mien :

Car Il Est le Suprême Poète

Et le Mathématicien des humaines jongleries.

Rien ne m'appartient,hors Lui,

Qui se donne et sans cesse se retire,

Lui,qu'il m'arrive de maudire

Dans la déraison de mon amour.

J'ai vu,je jure,son sang bleu courir

Le long d'ascensions extrêmes

Sur le rebord de crêtes invraisemblables.

J'ai vu,je jure,Sa propre Contemplation

Dans le miroir sans tain de l'Amante :

Circulation d'orgasmes,sexualité du Coeur,

 Là où le Glaive - soleil inouï -

Entraîne la Joie dans une danse circulaire,

Engendrant planètes poussières d'étoiles

Comètes flamboyantes !

J'ai vu,je jure,le coq à l'aube se dresser

Pour chanter la Victoire du Paon,

La Mer(e) inoubliable,ivre,

Tendre enfin ses bras démesurés

Pour offrir l'Amant,

Effaçant ainsi la Blessure.

Car c'est la Mer(e) qui porte l'Amant

La Mer(e) seulement !

Et moi,

Vierge Noire aux flancs stériles

Je la traque,car je sais.

A jamais je la traque.

Je sais ses délires internes

La boue liquide de son or

Et

Dans les ténèbres inattentives de la nuit

L'envol prodigieux de Ses Colombes.

.

" Chants de la Magdaléenne " ( in " Les Adombrés ")

    Editions Guy Chambelland, 1994

.

.

Temporalité des Miroirs : chant IV

°°°°°°°°°°°°°°°°°

.

Des peuples d'oiseaux neigeaient

Dans les trous noirs du temps

 A reculons désormais

 S'éloignaient les demeures souterraines :

 Ici et là jaillissaient de pâles prophètes

.

 Mirages brûlants des déserts !

.

 Je les ai parcourus homme

 A la pointe acérée de ta lame

 Je les connais ces démarcheurs

 Des subtilités bleues

 Dans la nuit engorgée des sables,

 Homme j'ai ta veine à mon poignet !

.

 Aux cadrans de mes saisons

 Elle bat son pouls monotone

 Encastre telles neiges scandées

 Aux rivets douloureux

 Des muettes abnégations

 Quelle révolte gronde en moi !

.

 Mais je construirai

 Sur l'absence

.

 Mes mains se referment

 Sur un théâtre d'ombres

 De lumières

 Une facétie

 Où sanglotent les visages verts

 De mes printemps déchus

.

 J'étreins d'autres visages

 Oh ! D'où res-surgis ?

.

 Mirages brûlants des déserts !

.

 Je les ai parcourus homme

 Ces points de non-retour

 Où tu m'as fait saigner :

 Vois immuable est ce sourire

 Aux germes d'or de tes racines

 Je t'ai pardonné tu sais

.

 Je t'ai proclamé moi

 Lilith

 Dans les sueurs neigeuses

 De tes refus

 Archange à venir

 Sous les étincelles bleues des épées

.

 Mirages brûlants des déserts !

.

 Je les connais homme

 Ces sillons où le vent gelé

 Disperse les signes

 Muette alors est la route,

 Soubresauts de la bête

 Sous les sables

.

 Emergence de la faux

 Malgré les scintillements

 .

 Démarcheur des hauts-fonds

 Dans les profondeurs descendue

 J'ai touché la glaise

 Que ta main sculpta

 - Voici bien longtemps -

 Dans l'eau muette du double

 .

 Mirages brûlants des déserts !

.

 Mais repères invisibles

 Car les étoiles cheminent :

 Les abjurations

 Ne feront rien à l'affaire.

 " Quelle histoire de Petit-Poucet

 me contes-tu là Lilith ? "

.

 " Je te conte

 Que les mirages

 Sont des réalités

 Simplement

 Lointaines

 Ami "

...

" Temporalité des Miroirs "  

 ( Editions Guy Chambelland,1991 )

.

°°°°°°°°°°°

.

Extraits du recueil " Alchimie du Désir "

( Editions de La Bartavelle, 1997 )

...

Septembre et ses coulées de fruits, la cible dure de Janvier,

l'aura de Mai

                     Jamais n'égaleront ces replis où tu te glisses,

insolent et subreptice,

avec tes coulées de givre,la couronne bleue de tes saisons,

cet Instant saisi où tu me poignardes,

     Lieu géométrique de nos convergences, quand la substance même

s'évapore

et devient plus subtile que la lumière.

.

..°°°°°°°°°°°°°

.

   Sous les rides la peau se dénude . J'imagine la cicatrice des sillages sur

ton sang de velours : mille veines y forent mille puits pour sustenter toutes

mes métaphysiques du désir .

   Obole imaginaire , ton Image est polymorphe . J'y relis les signes . Les

signes et les traces . Les ombres du passé .Aucun espace , jamais , ne fut

fantôme . J'apprends à lire ta Bible , à traduire ton corps en termes de méta-

phores , à varier les rythmes .

    Ah ! Parcourir de nouveau le Principe Solaire qui leur donna force,forme,

mouvement , consistance !

   J'aime tes rides de la nuit . Il n'est pas dit que sur ta mort même je ne

puisse déchiffrer l'infinité des vies qui t'habitent , à jamais .

   Alors Amour , puisque rien n'est perdu , puisque tout demeure de ce qui

fut, de ce qui sera

   Imprime sur le sable éphémère de ma peau , sur son grain si doux , l'emp-

reinte indélébile de ta main

   Qui est le Signe même de l'Esprit .

..

...

Clair-Obscur ( Silvaine Arabo )

.

.

Silvaine Arabo : " Fièvre et chant des couleurs "

par J-P Gavard-Perret

°°°°°°°°

    La poésie - comme la peinture - de Silvaine Arabo n'appartient pas à un monde mort,

même si la mort, la douleur, la colère en demeurent des figures - mais parmi d'autres.

Car, dans l'oeuvre, des murs se dissolvent, une force avance : il y a la poétesse, l'artiste

mais il y a une femme, une femme traversée. Avec son poids de vie, avec cet écho d'ab-

solu et de cendre ,avec ces coupes-franches face aux tendances aussi bien " naturalistes "

que " lyriques ". C'est pourquoi " Une à une tombent les briques, sans bruit. ( Elles n'a-

vaient pas de consistance ) ".

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    Contre les choses vues trop simplement existe la construction du regard double - un

doublement et non un redoublement de la métaphore - d'où surgit cette présence de l'être

au monde, cette expérience du retour, et du retournement ( des images ) qui font des tex-

tes et des toiles de l'artiste des sortes de " westerns " puisqu'on y retrouve les émotions

les plus primitives, les plus essentielles en des séries d'atteintes et d'attentes.

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    De la masse torturée des mots et des images surgit ce " chant " qu'il faut écouter, ac-

cepter et comprendre. Comprendre ainsi l'inaccessible. Dans les mots, dans la langue,

dans les formes et les couleurs ( qui dépassent l'habituel clivage abstraction-figuration ),

cette levée d'un imaginaire qui s'investit d'un acte physique du pouvoir de renforcer la

mémoire flottante. Chaque mot pèse et est pesé, il obsède contre le trop-plein du vide,

contre la douleur du monde; chaque oeuvre plastique pousse au même voyage, à la fois

dérive et conduite forcée.

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    Il y a donc cette marée, cette matière-lumière afin de percer le noir et les poches de

silence et atteindre ce qu'elle nomme " l'alphabet souterrain ". Cela sans doute porte la

langue vers le chant, cela détourne la représentation : faire du passé innommable quel-

que chose d'autre qu'une langue morte. Savoir en faire le deuil mais aussi en apprécier

le gain afin de permettre au futur de posséder un sens même lorsque tout ou presque

semblait dit ou montré.

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    Les mots et les formes se tissent les uns aux autres dans un carrefour temporel capa-

ble de nous permettre de prendre la mesure de nous-mêmes. Ici alors tout commence.

D'un lieu à l'autre. Dans l'espoir d'une île, jamais atteinte en cette rugueuse offrande

archaïque où la langue n'avance plus fardée mais armée, où la représentation se détour-

ne de la représentation ( cf. Le Christ d'un jaune acidulé, plus femme qu'homme ). Con-

tre l'usure ( à tous les sens du terme ) la poésie et la peinture deviennent une déflagra-

tion et un déferlement. Mais une déflagration assourdie, un déferlement retenu. Cela

suinte et chuinte. N'existe qu'un murmure, un murmure vibrant :

" On caresse en image des chapes bleues où pleut la neige. On avance à petits pas. On

sème dans le silence et la ténèbre. On a des mots, des souffles autant dire : ce qui porte

la vie et qui germera ".

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    Alors, grâce à Silvaine Arabo, voir comme il faut ce n'est plus essentiellement mou-

rir, comme le pensait Blanchot. Voir comme il faut ce n'est plus se heurter à la mort.

Chaque oeuvre - quel qu'en soit le " genre " - devient ce chant cité plus haut, à la fois

violent et doux de la matière-lumière qui renvoie à la présence non moins obstinée du

regard d'Éros.

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    Il ne s'agit plus d'effacer tout risque mais de le prendre. C'est pourquoi au moment

où Silvaine Arabo s'ouvre et ouvre son oeuvre au média virtuel ( http://multimania.com/

mirra/ ), oeuvre qui prend paradoxalement plus de poids encore. Celle-ci ne ferme

plus le cercle, le cercle d'un croire entrevoir, d'un vouloir croire entrevoir. Elle l'ou-

vre au contraire. L'évidence de l'image poétique ou picturale admise est remplacée ici

par son évidemment. Quelque chose même s'y dévaste entièrement. Dans la trame une

implosion a lieu vers une histoire de sons fondamentaux : ce que nous appellerons le cri

de la baleine, ce cri innommable et qui soulève.

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    A travers une poésie intime et émouvante, à travers des oeuvres picturales dont la

couleur reste une force de fondation et ( une fois encore ) de soulèvement c'est bien

une musicalité qui surgit et donne cette gravité venue d'un tréfonds inconnu, d'une na-

ture immense et qui fait que chacune des oeuvres de Silvaine Arabo renvoie à cette quê-

te de l'accession à soi-même, à la percée hors de la ténèbre à travers ce jeu musical bri-

sé et mélodieux de ruptures et de reprises. Le Verbe comme l'Image finit ainsi par se

sédimenter par la lumière en même temps qu'il donne corps au silence.

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    Dans le jeu du proche et du lointain, de l'apparition et de la disparition, le visage du

temps n'est plus seulement une figure d'absence et de manque. Et si les vers parfois

semblent s'interrompre, s'épuiser, chaque fois la poétesse les relance, repart vers un au-

tre voyage dans l'irrépressible mouvement des marées. Au bord du silence, il existe ainsi

cette charge, le bord du visible, de l'invisible. En lui. En nous. A la rétention de parole,

à la diffusion d'images galvaudées et trop codées, fait écho une musique capable de trou-

bler le silence. Une musique qui échappe à la musique. Une musique nue. Là sans doute

la vraie humilité :

      « Un délire d'oiseaux court au sommet des arbres. Fièvres.

        Des feuilles s'envolent dans le vent de la mer. Un virevoltement d'instinct

       casse toute prétention à de sobres et ternes raisons ».

Jean-Paul Gavard-Perret

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